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"Hypnose,
mode d'emploi" Editions
du Seuil |
M iller traite du magnétisme puis de l’hypnose telle qu’elle était aboutie en 1896 au moment où Freud l’abandonnait. Les seules évocations actuelles concernent l’hypnose de spectacle. Les références bibliographiques ne comportent aucun ouvrage postérieur à 1919 (Janet, les médications psychologiques). Miller rend équivalents Hypnose, méthode Coué et magnétisme sans évoquer les développements de la première.
Le livre est une succession d’anecdotes en lien avec des expériences infâmes portant atteinte à la dignité humaine, aux bonnes mœurs ou à la santé publique, ce que Miller considère page 129 raconter avec précision les faits, donner des références et multiplier les exemples. Dans son livre, aucune pratique hypnotique n’a bénéficié à personne, jamais et jamais plus.
On conclut (à une conclusion d’un siècle) à l’incapacité hypnotique de certains sujets - sur lesquels on pratique une induction préfabriquée - et la nécessité d’une hystérisation des personnes pour qu’elles ressentent les effets de l’hypnose. Les opérateurs se veulent maîtres et exercent leur ascendant sur des sujets esclaves rendus dociles et soumis, ce qui est vraisemblable à l’époque relatée. Finalement, c’est l’esclave qui fait le maître.
Ce qui trouble Miller, c’est que l’hypnose telle qu’elle était pratiquée ne permet pas de comprendre l’homme comme objet d’études (investigation, connaissance des forces psychiques, compréhension des comportements). Pourtant l’hypnose a été particulièrement expérimentale à cette époque. Ainsi, page 46, Miller s’indigne que Coué préfère ne pas savoir d’où vient le mal et de le faire passer plutôt que de le savoir et de le conserver. Page 53, toute pratique hypnotique utilise des mots d’une banalité accablante. En fait pour Miller, ce qui est simple n’est pas sérieux.Quelques drôleries...
Page 12/13 : Freud éprouvait une sourde révolte contre cette tyrannie de l’hypnose : lorsqu’à un malade qui se montrait récalcitrant on criait « vous vous contre-suggestionnez », il ne pouvait s’empêcher de penser que l’homme avait certainement le droit de se contre-suggestionner, lorsqu’on cherchait à le soumettre par la suggestion.
On peut faire un parallèle avec l’arme des freudiens contre la critique : si vous êtes en désaccord, c’est que vous résistez et c’est l’indice d’un refoulement. Ainsi, quoi que vous fassiez, vous restez dans le schéma freudien et vos résistances le confirment.
Laissons Freud s’exprimer lui-même, avec son fameux il n’y a pas à ce jour de substitut à l’hypnose (1937) ou dans un texte de Juin 1938, quinze mois avant sa mort (2de version de l’Abrégé, Résultats, Idées, Problèmes II, pages 293 et 294) : on peut prouver expérimentalement chez des personnes plongées dans l’hypnose qu’il y a des actes psychiques inconscient et que l’être-conscient n’est pas une condition indispensable de l’activité. Qui a assisté à une telle expérience en a reçu une impression inoubliable et y a gagné une conviction inébranlable.
Page 14 : Aujourd’hui, dans le vaste monde de la psychanalyse, l’affaire est entendue. Depuis Freud, personne n’a eu l’idée de s’intéresser à l’hypnose.
Laissons répondre François Roustang, membre de l’Ecole freudienne de Paris jusqu’à sa dissolution en 1980, devenu hypnothérapeute et auteur de « Qu’est-ce que l’hypnose ? » aux Editions de Minuit : si l'hypnose est le plus souvent réduite à un phénomène de soumission, de fascination, d'insensibilité, c'est que notre culture, qui a peu de moyens pour la penser, en retient seulement le négatif ou l'ombre portée. La pratique de l'hypnose, cette veille plus large et plus fine, peut devenir un art de vivre. Elle suppose un apprentissage qui n'a rien d'ésotérique et qui se contente de prendre appui sur les possibilités présentes en chacun.
Evoquons également Léon Chertok (1911-1991) qui s’est intéressé à la psychanalyse, a réalisé son analyse personnelle auprès de Lacan avant de se consacrer, dès 1942, à l’hypnose et à la psychosomatique. Il a publié de nombreux articles et ouvrages relatifs à l’hypnose et notamment son « Hypnose et Suggestion » paru aux Editions PUF-Que sais-je.
Page 15 : ce livre s’annonce « mode d’emploi » tandis que l’hypnose y est exécutée dès les premières pages. Encore une manipulation ! La rupture avec l’hypnose est salutaire et une résurgence de cette pratique oubliée n’aurait pas le moindre intérêt thérapeutique.
Malgré son rejet de l’hypnose, Miller utilise ses principes par écrit en s’adressant au lecteur ainsi dès la page 34: imaginez donc. Vous êtes à Paris en 1784, c’est l’été, il fait chaud et vous êtes commissaire du roi vous-même….. Il utilise la suggestion pour nous associer à la condamnation de l’hypnose. Il nous aide même à conclure page 38.
Page 88 : évocation des deux écoles rivales, celle de la Salpêtrière et celle de Nancy, dont Miller s’est amusé des affrontements homériques.
Espérons que cela lui permette d’apaiser sa rage envers d’autres orientations théoriques que la sienne. Il s’y connaît en citadelles !
Page 130 : qui, aujourd’hui, connaît encore l’hypnose ? Comment croire qu’un phénomène de cette ampleur, qui a été si présent dans notre société, ait pu ainsi disparaître complètement ?... Il faut vraiment se forcer, dans ce livre publié en 2004, à ne pas voir et à ne pas entendre, lorsqu’on est spécialiste de la psyché, que l’hypnose s’est enrichie et développée depuis 1896 au travers de multiples études et livres. Citons notamment les travaux de Schultz et son training autogène ou l’hypnose thérapeutique d’Erickson, de l’écho de ces travaux auprès de l’Ecole de Palo Alto et de ses développements aux origines de la PNL. Plus récemment, Araoz (1979, La Nouvelle Hypnose) ou Lockert (2001, L’Hypnose Humaniste) ont encore élargi le champ d’intervention de la pratique hypnotique, au service de l’Homme dans toutes ses dimensions.Miller justifie ce livre consacré à l’hypnose par la "petite place" que lui fit la généalogie de la psychanalyse*. Il occulte les développements de l’Hypnose depuis Freud : pour lui, rien ne change plus depuis les textes sacrés. Il s’est interdit de faire évoluer la théorie du champ freudien. Dès lors, il lui est naturel d’inviter la pratique hypnotique à demeurer semblable à ce qu’elle était au début du XXè siècle. Il est thérapeute, il s’y connaît en évolution ! (sic) Heureusement que cela n’a pas commandé aux hommes de cesser de grandir depuis. Et à l’Hypnose de se réinventer, au rythme de tatônnements qui sont le signe de son humanité.
Finalement page 130, la suggestion, serait notre lot commun. Mal employée, elle pourrait corrompre nombre de psychothérapies, rongerait le champ politique, pervertirait la plupart des propos. Parfois même au nom du libre arbitre !...En bref, un livre tendancieux, obtus, a éviter.
Bertrand Robin
Praticien en Hypnose Ericksonienne IFHE
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* Freud lui-même soulignait, à la fin de sa vie, le fait que l'influence de l'Hypnose dans la génèse de la Psychanalyse était généralement très sous-estimée !
Pour en savoir plus
"Hypnose : Santé, Qualité de Vie, Evolution Humaine"
Olivier Lockert, Editions IFHE (600 pages, guide pratique complet)